mardi 9 juin 2015

Gaz de France, de Benoît Forgeard


Présenté en Programmation Officielle de l’ACID au Festival de Cannes 2015.




Les petits bateaux qui vont sur l’eau ont-ils des jambes?



Moi non plus, à l'origine, le titre de ce film, présenté discrètement au petit Studio 13 du Festival de Cannes, ne me disait pas trop. Mais il ne faut surtout pas s'y fier: Gaz de France n'est ni un film de propagande d'EDF-GDF pour faire passer son nouveau jeu de mot "Engie", ni un pamphlet anti-gaz de schiste. Il est presque plus proche de la comédie musicale, puisque le scénario se base sur le succès de la chanson "La rigueur en chantant" qui a amené le président Bird au pouvoir. Joué par Philippe Katerine, le Président français tente désespérément de répondre aux questions de "La Française parmi les Français" - émission spéciale organisée par son équipe de communication pour tenter de le remettre à flots... en chantant "Je ne sais pas... je n'en sais rien..." d'un air lancinant. Dernier recours pour Michel Battement, bras droit du président Bird: un brain-storming avec des Français aux "profils atypiques". En matière d'atypisme, ils sont servis: une représentante du Parti des Enfants, un spécialiste des mythes africains et des chats, une journaliste 2.0, le Maire de Saint-Dizier, un expert en nano-technologies et sciences en tous genres et l'assistant post-adolescent qui les a recrutés.



Réunis dans la salle Chirac, au premier sous-sol de l'Elysée, les participants à ce huis-clos sont enjoints à proposer leurs idées pour sauver le président Bird, aussi désespérement que le soldat Ryan. On s'attend à ce que l'équipe de bras cassés descende jusqu'au trente-sixième sous-sol, en voulant traiter avec autant d'inefficacité cette situation désespérée; mais heureusement, ils n'iront que jusqu'au troisième sous-sol, dans la réplique du bureau présidentiel, avec vue sur une mer pixellisée, le soleil coulant son reflet dans la mer rosâtre.
Chaque séquence formule une proposition qui semble, à première vue, avancer vers le dénouement; mais qui finalement n'est qu'un noeud marin de plus dans cet imbroglio. "Il faut couler Bird", finissent alors par s'accorder les profils atypiques, lorsqu'ils s'aperçoivent que tous ces noeuds autour du gouvernail sont indéfectibles. Le scénario prend alors une autre tournure: un complot se fomente derrière les vieux cartons des anciens présidents. Le spectateur croit pouvoir suivre le film en suivant cette intention des personnages ; mais évidemment, Benoît Forgeard prend les attentes du spectateur à rebrousse poil et interviennent les Birds siffleurs, la révolution, le coup d'Etat. Ces situations, de plus en plus absurdes, sont jouées et filmées avec le plus grand sérieux, à notre plus grand bonheur qui voyons ces personnages pédaler dans la choucroute avec Engie énergie. Le bateau prend l’eau, inévitablement - pourtant, les décors réalisés avec soin sont impeccables et délicieusement mystérieux. On s’imagine l’Elysée comme un Titanic miniature, assailli par des oiseaux qui n’ont rien d’hitchcockien. Mais les références, elles aussi, sont fantasmées par le spectateur. Benoît Forgeard s’amuse, délire, sans jamais chercher à se justifier ou à s’inscrire dans une quelconque lignée: l’objet qu’il a conçu est non-identifié et vogue très bien tout seul. La musique de Bertrand Burgalat est parfaite pour bercer ces flots; elle est, comme eux, électrique et vaporeuse.



Ce grand mélange qui part dans tous les sens, avec la plus grande maîtrise et le plus grand sérieux, est le même dans les dialogues, portés par des acteurs formidables (Philippe Katerine, mais aussi Olivier Rabourdin, Philippe Laudenbach, Jean-Luc Vincent…). Les conclusions qu'ils tirent de leurs péripéties sont pleines de sous-textes, parfois politiquement incorrects. On s’autorise à rire de la pédophilie, du rationnement, de la guerre atomique, de l’exploitation sexuelle, du communisme, de Saint-Dizier, du clafoutis; enfin, de tout, tant que la salle y consent. Pour faire clair, je ne me suis jamais sentie aussi bien dans une salle de cinéma; et ce n’est pas grâce au confort des fauteuils. On embarque sans problème sur le bateau de ce mec en imper Kalenji; en plus, il m’est bien sympathique.



jeudi 28 mai 2015

Écriture automatique 2°

28/05/2015/09:49/10:01/

Sourire enfantin n'est pas [recluant] ; si jamais j'ai trouvé ce qu'il faut je formerai la vie à ce qui m'est précieux. Le cinéma sans peur s'ouvre dans la terreur; il arrive, il est là, terrain de la foule et des amants, là où le tragique est ridicule et le dramatique flambant. Souriez, enfants, vous l'êtes encore, à moins que vous ne gratifiez de ce titre que les chèvres qui s'oublient. Jour d'artifice quand le feu foule la terre, quand ce qui brûle fait la lumière et que la lumière fait l'ombre. 
"Jamais je n'ai" revient encore mais je refuse - encore négativement- d'avancer sur ce chemin. 
Ce qu'il faut oublier, c'est l'erreur que la fenêtre laisse passer comme un courant d'air, croire que tout est aléatoire alors que ce que tu veux tu l'auras puisque ce que tu as tu l'as voulu. Il n'y a pas de destinée mais ce qui s'ouvre à toi c'est le possible, et le choix du possible c'est ce qui te brûle. J'ai rarement perdu. 

Évite ces cris qui t'enferment, te conditionnent et cherchent à mettre en toi le moteur qui les fait tourner en rond. J'ai du mal à croire que soudain il faille céder, s'essayer à être soumis, se dessiner selon ce sang qui se croit conscient mais qui n'est que consenti. 
Furieux. Perte. Sors de là vieux fou, ton image ne me fait pas peur, tu n'es qu'un personnage que tu as pris l'habitude de jouer, et tu aimerais que tous nous jouions ta pièce avec toi - mais c'est un solliloque. Va t'enfermer là où tu es intègre c'est-à-dire nulle part où j'existe - il y a bien des endroits où je n'existe pas et où je n'ai pas envie d'être. 
Souriez maintenant que vous êtes sans lui, tranquillité, effacez ce qui ne va pas car c'était du passé avant même de vous torturer. Tout cela est passé. 

mardi 26 mai 2015

Notre Petite Soeur, de Hirokazu Kore-Eda

Présenté en Compétition Officielle du Festival de Cannes 2015
Date de sortie en France : 28 octobre 2015


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Trois sœurs se rendent à l'enterrement de leur père, qu'elles n'ont pas vu depuis plus de dix ans. Elles y rencontrent leur demi-sœur de quatorze ans, Suzu. Sachi, l'aînée,  prend la responsabilité de l'accueillir dans la maison familiale, comme elle l'a fait en élevant ses deux sœurs après l'abandon de leur mère. Avec elles, Suzu va se mettre à vivre et à grandir en commençant par être enfin une enfant. La famille qui s'est dénouée lors du départ du père, puis de la mère, se reconstruit pas à pas sur les épaules solides de ces quatre sœurs.


On pourrait dire avec simplicité que Notre Petite Sœur est un film sur le deuil, mais c'est autant un film sur la famille, sur la séparation, sur la maladie, sur la relation difficile aux parents, sur l'acceptation... Les pistes de sens sont multiples et diverses, distillées dans chaque séquence; certaines restent en suspens, certaines posent des questions, d'autres se profilent et se creusent plus profondément. Construit autour de quatre personnages féminins, le sens que poursuivent parallèlement chacune de ces figures est celle de la maturité. Chacune à leur âge, ces femmes se questionnent sur leur rôle dans leurs relations familiales et amoureuses: quelles responsabilités doivent-elles assumer ?


Dans cette histoire de famille, où les circonstances placent les enfants dans des rôles d'adultes, les personnages de la soeur aînée et de la benjamine se dessinent en miroir. La première a pris en charge très jeune ses autres soeurs et les a élevées sans mère ni père à leurs cotés; elle est devenue adulte bien trop tôt et, à près de trente ans, son amant lui dit encore qu'elle est "trop adulte". Elle accepte avec force de "n'avoir pas eu d'enfance"; mais lorsqu'elle reconnaît chez Suzu cette même responsabilité lourde que posent les adultes épuisés sur les épaules d'un enfant, elle refuse de laisser arriver trop vite ce basculement. Tout cela est esquissé dans la séquence des funérailles du père: alors que la belle-mère de Suzu demande à la jeune fille de prononcer le discours d'adieu, Sachi refuse qu'une enfant prenne cette responsabilité. Nous sommes encore au tout début du film, et ce geste peut apparaître au spectateur comme de la jalousie; mais peu à peu, on se rend compte de la subtilité de ce geste de protection. L'aînée a reconnu chez Suzu le poids des responsabilités et veut l'en préserver, car elle sait trop bien ce que c'est que d'être adulte trop tôt.


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Suzu, c'est elle, notre petite soeur, et c'est elle qui passe par les transformations de l'adulte à l'enfant. Malgré son costume d'écolière, au début, elle prend en charge un rôle d'adulte: elle s'occupe de l'enfant de sa belle-mère, qui la considère capable de prononcer le discours d'adieu à son père, et on découvre que c'est elle qui a joué le rôle de garde-malade auprès de son père, avant sa mort. Son rôle d'adulte décline enfin lors de la première séquence de "paysage", lorsqu'elle emmène ses soeurs à l'endroit où elle allait avec son père. Ce moment, c'est leur première véritable rencontre; c'est là qu'elles se situent elles-mêmes dans la même famille, les aînées remerciant Suzu de s'être occupée de leur père à l'hôpital. Ces répliques peuvent sembler convenues, les trois soeurs en plan rapproché répétant "merci" en regardant Suzu au centre du cadre, qui ne répond pas. Pourtant, cette séquence est d'une incroyable justesse. Le jeu de la jeune actrice Suzu Hirose est tout en retenue, mais son regard, à moitié sur l'horizon, à moitié avec ses soeurs, porte en lui toute l'émotion des épreuves qu'a traversées la garde malade et pour lesquelles on lui est désormais, enfin, reconnaissant. Cette reconnaissance est nécessaire pour donner à Suzu sa liberté d'enfant, elle est un soulagement pour elle comme pour ses soeurs, elle est l'évacuation d'un fardeau longtemps supporté.


Après cela, Suzu peut enfin jouir d'une vie insouciante, puisque ce sont ses sœurs qui endossent les principales responsabilités. Elle s'intègre dans une nouvelle école, dans l'équipe de football, se fait de nouveaux amis... Mais en filigrane, son trouble persiste, et une autre séquence de paysage est nécessaire pour dénouer son malaise. Cette fois-ci, c'est Sachi qui emmène Suzu voir un endroit qui lui rappelle leur père, et là encore, la séquence est un soulagement nécessaire. C'est là que Suzu accepte enfin en conscience la colère qu'elle a toujours tue, ce pourquoi elle est partie habiter chez ses soeurs. A travers la colère qu'elle exprime contre sa mère ("Maman est une imbécile!", crie-t-elle), on entrevoit déjà son sentiment de culpabilité, la réprobation morale qui la torture, elle qui est le résultat de cette relation adultère qu'elle réprouve. Ses larmes arrivent enfin, ces larmes que le spectateur a longtemps attendu lorsque Suzu était sous le poids de la responsabilité. Lorsqu'elles font enfin surface, ce sont celles d'une enfant. Elles coulent en toute sobriété, avec une mesure qui nous éloigne de la tragédie et nous rapproche de ce moment de tension et d'union à la fois, puisque dans cette séquence, Suzu s'unit intimement avec sa soeur aînée en même temps qu'elles se séparent chacune de leurs parents. Si cette scène peu paraître niaise ou cliché, elle est pourtant assez forte pour n'être pas simpliste; elle contient toutes les contradictions des enfants qui désapprouvent les actes de leurs parents, mais pourtant les aiment, et l'importance de la séparation pour se laisser aller de l'avant, sans simplifier les enjeux de l'acceptation.


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L'équilibre qui imbibe ces séquences régit toute la mise en scène du film. Chaque image est composée comme la sérénité en action: les plans, très souvent immobiles, ne sont jamais totalement fixes, ils flottent dans un très léger mouvement fluide, comme si le flux de vie, de temps et d'émotion qui traverse les personnages ne suffisait jamais à ébranler cette stabilité. A l'image de cet équilibre, les cadres ne sont jamais surchargés ni trop rapprochés, et baignent dans une lumière douce et voilée. Si l'on n'avait qu'un mot pour définir Notre Petite Soeur, ce serait l'élégance, qui se retrouve aussi dans le scénario, développé en une cadence valsée ; dans le jeu des actrices, extrêmement subtil mais honnête et empathique; dans les relations des personnages, toujours tendues sur un fil, mais qui restent solides. Élégance aussi de la mise en scène de la société japonaise contemporaine, qui est encore traditionnelle par culture, mais qui devient une culture très personnelle, avec des rituels liés davantage à la famille qu'à l'Histoire: les kimonos sont ceux des grand-mères, la liqueur de prune est une tradition familiale... Notre Petite Soeur incarne donc à la fois une émotion si particulière à ses personnages et la grandeur de sentiments universels, le tout avec une élégance distinguée et légère; car le film ne manque pas d'une touche d'humour. Le deuil de l'enfance n'est ni une fatalité ni une renonciation chez Kore-Eda; tout ici est passage et acceptation, à l'image du tunnel de fleur de cerisiers: on le traverse au bon moment, mais bientôt les fleurs commenceront à tomber; jusqu'à la prochaine fois.

dimanche 10 mai 2015

Tempelhof


Voici un court-métrage que j'ai réalisé cet été, de passage à Berlin dans l'aéroport désaffecté de Tempelhof. Nous nous sommes soudain dit: "Ce serait un endroit génial pour faire un film..!" et j'ai proposé que l'on improvise un petit court-métrage. Après un rapide story-board, nous avons commencé à tourner; mais mes acteurs amateurs n'étaient pas très motivés pour un tournage qui commençait à durer... Plusieurs plans prévus n'ont donc pas été tournés, ce qui donne cette atmosphère... "elliptique". 
Les critiques sont les bienvenues, et si ça vous a plu, n'hésitez pas à le partager!

vendredi 24 avril 2015

Custom Knight Rider Blinded By The Lights

Voici ton itinéraire:


  • Tu prends une machine à voyager dans le temps de base ...
  • Tu te remémores cette nuit.
  • Tu tease un monde étrange où les rebelles sont cachés...
  • Puis perds le contrôle de la boîte boîte boîte de vitesse j'm'arrête pas
  • Tu pars en musique.
  • T'évolue en musique. 
  • Puis... tu voles soudainement de l'autre côté de l'Atlantique par amour qui se perpétue et souris.
  • Atterris aux Etats-Unis dans ce monde étrange.
  • Dogpound.







1:03/J'chante comme une truite?!/

Dog Pound. 


mardi 31 mars 2015

Écriture automatique 1°

30/03/2015/15:48/16:16


- La choucroute empaffée -


          C'est l'histoire d'une vieille dame si bien échafaudée qu'elle n'entrait pas les portes, ni les encadrements. Jamais elle n'a trouvé une queue de souris, ni identifié des mécanismes génétiques. Ce qu'elle faisait, tout simplement, c'était tremper le manteau de son mari dans la cire et le mettre au micro-onde. Peu de choses la retenaient sur cette Terre, si ce n'est l'horrible tarentule qui gisait dans le tiroir, et hormis sa fille au pair qui s'occupait de son chien, Mimine. Elle gardait peu ou prou tous ses sachets de thé, bien qu'elle ne sût pas ce qui se passerait lorsqu'une bombe atomique exploserait au dessus du cratère de ses désirs. Pour l'instant, elle riait seule ou avec son mari, quand elle n'était pas pressée d'aller s'ouvrir à la cagnotte de la semaine, à livre ouvert. Certes, elle se fourvoyait rarement quant aux conséquences du tort couplé à autrui, mais rien ne l'obligeait non plus à trouver la parade effarante à une telle expérience. Peu de choses la retenaient en ce monde. Sacré comme un caporal, son mari la voyait s’accommoder au Maggi-Kub, enturbannée entre soupe et liqueur. Que devait-elle penser de tous ces écrits produits sur le coin du comptoir, hors du monde mais forts d'une ignorance protégée ? Rien n'était plus vide – qu'elle même. Sortie à l'aéroport, elle couvrait le feu. Une fois rentrée, elle pestait sur Mimine qui n'avait d'aise que sur ses genoux. A quoi bon ouvrir la gueule si c'était pour crever dans le désert ? Rien ne l'intéressait plus que former au point de croix deux ou trois de ses amis qui l'attendaient là, sur le seuil. Ce seuil, c'est le divorce ; l'incroyable force des orteils brisés, les branches écartées d'une brochette mutilée. Faire fi de ce foisonnement s'oublie sitôt qu'il n'y aura jamais de rencontre réelle entre la forme des choses et celle-ci. Tout ce qui sort de ce conflit c'est des larmes. Mais elle était forte de ce qu'on lui avait interdit, dans un refus effronté de l'embrassement qu'on lui proposait, préférant l'embrasement des consciences qu'on ne lui a jamais demandées. Seule, elle gardait Mimine à ses pieds, après avoir jeté son mari dehors. Il criait à la fenêtre qu'il ne la marierait jamais, la monte-en-l'air. Peu de choses la retenaient désormais. Rien que l'oubli, si ce n'était ces petites flaques, rougeâtres et formidables, éclatantes hors de cet amas opaque. 
Elle n'échappait pas à ces courbatures qui perdraient du sens sitôt qu'elle se serait envolée. Pourvue de son couvre-chef, elle regardait Mimine en parlant d'abricots, elle était foutue. Bien loin de là on s'effritait, s'aiguisait, s'écharpait en fils de nylon écrasants. Peu, peu, si peu de choses. 
Fourbue, elle sortit enfin pour clamser dans le noir. Mais là encore, l'inquiétude la retenait, fière et dépassée, perdue autant qu'elle savait se repérer sur une carte. Chère à son cœur, elle souhaitait que sa sœur fit avec elle un grand pas ; mais elle se souvint qu'elle n'en avait pas. Pire, c'était Mimine qui était là, jappant, fermant sa gueule. Elle aperçut Pierre Olivier Cardin, qu'elle laissa passer sur son tapis roulant avant de le chevaucher pour se retrouver de l'autre côté. Elle s'était nourrie toutes ces années et prenait maintenant les devants. Elle perdait la foi. Elle formulait si peu ce qu'on aime qu'elle sortait par bien des aspects de l'ordre auquel on était contemplativement cantonné. Certes, elle souffrait, mais il y avait Mimine, qui jappait et fermait sa gueule.


lundi 23 mars 2015

Ceci n'est pas une caricature


Un dessin que j'ai fait en mai dernier, après les élections européennes. En regardant les résultats, j'avais pleuré. Ce matin, en écoutant les résultats des élections départementales, ça a recommencé. Comment imaginer que des individus qui provoquent ces réactions de désespoir, de colère, d'indignation, de mépris, aient la moindre prétention à représenter la France?

Il faut dire et répéter que le FN ne fait pas de la politique; ils font du marketing. Ils font de la démagogie, ils font de l'auto-promotion, ils font la guerre à tout ce qui ne leur ressemble pas; ils font du marketing.

Pfff...

J'ai peur pour la suite, j'ai peur pour la France et j'ai peur pour la planète qu'il faudra partager si de pareilles personnes parviennent au pouvoir.

Pfff...


mardi 10 février 2015

Ibrahim Maalouf - Au Pays d'Alice

Depuis quelques temps, j'explore petit à petit l'univers de ce trompettiste - compositeur - chef d'orchestre; en fait artiste fabuleux qu'est Ibrahim Maalouf. C'est seulement hier soir que je m'aperçois qu'il a sorti il y a quelques mois déjà l'album Au pays d'Alice. C'était le coup de maître qu'il fallait pour l'introduire ici. 
D'autant plus que nous venons de rater les concerts donnés à la toute nouvelle Philharmonie de Paris.


Le concept de l'album lui-même, sur le papier, me promettait déjà monts et merveilles: une adaptation du roman de Lewis Caroll en musique, composée par Ibrahim Maalouf et racontée par Oxmo Puccino. Deux artistes inspirés, passionnés, intelligents. Ils font partie "d’un groupe de gens libres. Des gens de la télé, des gens du cinéma, des gens de la musique... Ce sont des personnes sans aucune barrière, autant artistiques que sociales. Des personnes qui vont créer sans se poser de questions limitatives, mais avec beaucoup de respect pour les choses qui ont été faites avant. L’envie de connaître des choses, de se cultiver pour ensuite disposer d'éléments et en faire quelque chose d'inédit. " *

Chute chute chute musicale littérale phénoménale


L'album regorge d'idées, de gimmicks, de groove et d'impros toutes bien pesées; le rôle du chœur (la maîtrise de Radio France) surtout, m'a agréablement surprise. Il fait l'essence de l'atmosphère, le prénom, le point d'orgue de l'album. Oxmo Puccino, poète, conteur, chanteur, révélateur, surprend toujours et encore. Ibrahim Maalouf sue et s'amuse à soulever tous ces instruments aux nues. 


Pour finir de me convaincre, le clip sorti pour le morceau "La Porte Bonheur" est un bijou d'artistes - je ne trouve toujours pas de meilleur mot pour les sacrer. Une animation rotoscopique ** fluorescente transforme Oxmo en hibou - chat de Cheshire et Ibrahim en troubadour envoûté et envoûtant. La musicalité et l'inventivité de l'animation suffisent à me fasciner.


Je crois que je n'ai pas tellement besoin d'en dire plus, il vous suffira d'écouter.

Et cerise sur ce délice: humour et autodérision.


* Ibrahim Maalouf dans l'interview de Matthieu Amaré.
** Sur la rotoscopie : A Scanner Darkly et Cool World (de Ralph Bakshi).