dimanche 24 juillet 2016

Ce sentiment de l'été, de Mikhaël Hers

Ce film m'a été conseillé en toute discrétion, par quelqu'un avec qui je ne suis jamais allée au cinéma. J'étais donc d'autant plus curieuse de voir ce qui pouvait me correspondre dans ce film. Et en effet, c'est une découverte très mémorable qui va marquer, je n'en doute pas, mon année de cinéma. 

 
« Au milieu de l'été, Sasha, 30 ans, décède soudainement. Alors qu'ils se connaissent peu, son compagnon Lawrence et sa sœur Zoé se rapprochent. Ils partagent comme ils peuvent la peine et le poids de l'absence, entre Berlin, Paris et New York. Trois étés, trois villes, le temps de leur retour à la lumière, portés par le souvenir de celle qu'ils ont aimée. »

Au départ, je suis allée voir le film qu'on m'avait conseillé, mais surtout, je suis allée voir Anders Danielsen Lie. Découvert en France avec le magnifique film de Joachim Trier Oslo, 31 août, cet acteur a une aura de simplicité toute norvégienne. Si ce n'était pas déjà le cas, je suis tombée définitivement amoureuse de lui devant Ce Sentiment de l'été: sa présence à l'écran est extrêmement généreuse; il incarne le personnage comme une personne, un être souffrant parfois mais avant tout juste vivant. Ses mouvements sont très simples, ses regards sont très justes et ses paroles sont dites avec une simplicité qui fait pourtant transpirer beaucoup d'émotion. Tout ceci émane d'une vraie générosité, offerte sans artifice aux spectateurs, et, filmé avec amour, on a envie de le regarder avec amour, voyant des sentiments aussi complexes incarnés avec autant de sobriété.


Dès les premières images, on remarque le grain de la pellicule, la lumière abondante de l'été et les couleurs presque criardes qui font ressortir les matières: le bleu du ciel, le vert de la pelouse, le jaune d'un pull, le bleu d'une robe, le jaune du métro et le rouge des pompes à eau. L'image, bizarrement, me rappelle les années 90 ou un temps d'avant que je n'ai en fait jamais connu; cela donne un agréable sentiment d'intimité, et en même temps quelque chose d'intemporel... En ressort une impression du quotidien, le notre, plein de gens qu'on a pu connaître ou plein de films qu'on a pu voir.
« Chercher à dessiner ce réel mouvant et énigmatique qui échappe sans cesse, où l’incongru, le drolatique ou bien le pire peuvent surgir à tout instant. Ces fragments de réalité, ces bribes de vies qui nous parviennent sans que l’on puisse en saisir le sens et dont il ne restera que quelques souvenirs, quelques traces. Pas le deuil donc, mais la vie, tout le temps faite de choses ambivalentes et complexes et lumineuses aussi, même parfois dans les instants les plus sombres.  »

Cette intimité, elle vient aussi des cadres, toujours choisi avec justesse, car avec simplicité. La distance avec les personnages est progressivement abolie. Chaque séquence les découvre avec amour, tout en racontant aussi la ville dans laquelle ils évoluent. On voit très bien que le réalisateur connaît les endroits qu'il filme, qu'il les aime, à tel point qu'on peut parfois avoir l'impression d'un carnet de voyage. C'est à partir de ces villes qu'il a créé ses personnages: ces lieux sont habités, ils sont vivants, et ce ne sont pas des prétextes ou de simples décors. Même la musique leur est familière, habite les rues et résonne avec familiarité. Tout dans ce film émane la justesse et la délicatesse; c'est avec délicatesse qu'on se sent proche du film dans son ensemble.


C'est dans cet écrin de dentelle que Mikhaël Hers nous parle de sentiments - ou plutôt nous en insuffle les frissons. Les émotions de Lawrence et de Zoé, autour du deuil et de l'affection, sont complexes, mais on ne cherche pas à nous les montrer dans leur complexité. Au contraire, c'est avec simplicité qu'on les comprend, qu'on les ressent à travers une douce subtilité ; et pourtant on en décerne les enjeux, et on y est confronté presque avec les personnages. J'ai envie de les suivre, de les aider, j'ai envie qu'ils les surpassent.
L'intérêt de la structure éclatée du film, en trois lieux, trois étés permet de se focaliser non pas sur un seul personnage mais sur les deux protagonistes d'une relation qui existe en pointillés. Ainsi, on comprend à quel point ces deux personnages vivent les mêmes difficultés à dépasser le deuil. Ils essayent tous les deux, à leur manière, de retrouver et de se séparer de Sasha, dans tous les paradoxes que cela représente. 
Mais heureusement, pas de poésie niaise, pas de bien-pensance, pas de happy end. Ce qui importe, c'est la bienveillance envers le ressenti de ces deux personnages et la délicatesse dans la façon de les aborder. J'y ai vu cette solitude qui nous caractérise tous, malgré l'amour et l'importance que l'on porte à nos amis... Le besoin de soutien que l'on ne retrouve peut être que dans l'amour, lui-même si difficile à saisir et jamais accompli... Ce que j'ai cru comprendre, c'est ce lâcher prise auquel on s'adonne dans l'amour comme le seul remède (provisoire ?) à cette solitude. 

Mr Robot (saison 1)

Séries Mania / 15/04/24/04/16 / Paris


Quelle est la forme de politique possible
sur les écrans télévisés ?

D'après :

MR ROBOT (2 x 60min)
[Série américaine diffusée sur USA Network en 2015]
[Sélectionnée en compétition du festival Séries Mania 2016]
Elliot Alderson, un ingénieur cyber-sécurité de jour et un hacker justicier de nuit, est recruté par un mystérieux groupe clandestin pour détruire l'entreprise qui l'emploie. Elliot doit décider jusqu'où il ira pour exposer les forces qui dirigent (et ruinent) le monde.

Et : 
« MR ROBOT : une série anticapitaliste ? »
Conférence de Xavier De La Porte

(!) SPOILER



                     La promotion de Mr Robot,  adressée notamment au public du site internet gaming Twitch et du festival de médias interactifs SXSW, prédestinait la série à un public ciblé « geek », mais son succès public et critique a dépassé ces attentes : 1,75 million de téléspectateurs lors de la diffusion du pilote et un succès critique aux États-Unis comme en France. De fait, le pari de mettre en scène à la télévision un hacker semble difficile, mais est gagné haut la main par le show runner Sam Esmail. 
Au début du premier épisode, la première séquence de hack annonce immédiatement les enjeux et les partis pris de la série quant à son personnage. Si Elliot Alderson est fixé derrière son ordinateur, la mise en scène instaure la dynamique de sa pensée grâce à une voix-off captivante, et représente lnternet comme une réalité derrière la réalité, un réseau complexe pas si caché que cela pour un hacker surdoué comme Elliot. Ainsi, la séquence nous révèle l'atmosphère dans laquelle vit le personnage, mais aussi son intimité et ses convictions profondes grâce à la proximité qu'offre la voix off. Elliot évoque le 1 % des puissants qui dirigent le monde, la vacuité d'un système fondé sur cette minorité insaisissable et la dette qu'ils entretiennent, rappelant les discours politiques du groupe « Occupy Wall Street » ou des Anonymous. Pourtant, on nous le présente également comme un employé talentueux et sérieux dans une multinationale qu'il appelle lui-même « Evil Corp ». Ce personnage ambigu, à la fois fataliste et révolutionnaire, fait écho à la situation à laquelle beaucoup d'idéalistes se résignent : faire partie du système honni pour le combattre à son échelle, de l'intérieur.


Le système qu'Anderson accuse est incarné par une entité, la multinationale E Corp, que combat le groupe de hackers « Fsociety », qui dénonce « une société corrompue par l'argent ». Mais ces deux organismes et ce qu'ils représentent laissent un flou dans le discours politique de la série. La révolution est pensée d'après la problématique de la dette, qui, réglée, assainirait la société ; mais on ne pose pas la question de savoir qui de l'argent ou du système sociétal lui-même est en cause de son dysfonctionnement.
Ainsi, le dénouement de la première saison offre une révolution vague, qui semble inaboutie. La dette est évacuée mais la société semble rester la même. Représentée par une masse informe de milliers d'individus anonymes, l'action révolutionnaire semble se limiter à un effet de masse, ou à une folie du personnage, puisqu'Elliot se révèle peu à peu schizophrène. D'une part, cela décrédibilise l'élan héroïque et courageux du personnage : ses dilemmes moraux sont par là réduits à des problèmes individuels, détachés des contraintes du monde extérieur auxquelles Elliot avait justement du mal à se confronter. Faisant face à ses propres coercitions, son libre-arbitre est discrédité. La promesse politique de la série semble donc s'essouffler au fil de la saison en s'attardant sur la dimension psychologique du personnage. D'autre part, la représentation de la révolution est elle aussi évacuée, comme un grand finale spectaculaire, mais pas si joyeux que cela. Il s'agit uniquement d'un grand mouvement de foule, d'une agitation rageuse des « 99 % », sans être visiblement une prise de conscience collective. Les publicités continuent de défiler derrière la foule et les masques, tous semblables, qui cachent les visages sont un signe de cet aveuglement individuel, de la confiance irréfléchie en la puissance de la majorité. Faudrait-il conclure que Mr Robot nous propose de passer de la loi du plus fort à la tyrannie de la majorité ?

En réalité, la série ne propose pas vraiment de modèle alternatif au système qu'elle dénonce. Elle convoque la révolution sans montrer effectivement le moyen de la mener, et sans donner d'alternative à la société. Si cela peut être un reproche à l'égard de la série, comme le formule Xavier De La Porte, il faut toutefois se demander si c'est réellement le dessein du programme. 
Mr Robot se contente en fait d'être une impulsion, une modeste sonnette d'alarme, mais elle ne pousse pas à l'action. Elle a le mérite de mettre le spectateur face à des dilemmes cruciaux : jusqu'où faut-il aller pour la Révolution ? Qui suivre au nom de ses convictions ? Quelle est la responsabilité individuelle dans nos engagements ? Quels pouvoirs invoquer pour agir effectivement ? Mais la série ne résout pas ces interrogations ; elle permet seulement au spectateur engagé de penser l'action qu'il est prêt à mener. De là se pose la question du public ciblé : s'adresse-t-on à une communauté « geek » comme le laisse penser la promotion de la série, ou à un spectateur engagé voire révolutionnaire ?
Cela dresse un paradoxe de taille : comment communiquer un idéal révolutionnaire au sein même d'un produit de consommation diffusé par une industrie à penchant capitaliste (la série télévisée) ? De fait, le médium télévisuel se prévaut d'exploiter le « temps de cerveau disponible » du téléspectateur (selon les mots de Patrick Le Lay), privilégiant son inconscience et sa passivité pour mieux lui vendre des publicités. Y trouve-t-on une place pour des idées révolutionnaires ? Sam Esmail se retrouve en fait dans une position analogue à celle de son personnage : intégrer le système, ses codes et ses règles pour tenter de les déjouer et les combattre...



Si le pari de cette saison 1 est de donner l'enthousiasme et le courage de la révolution, Mr Robot les convoque en effet chez le spectateur. Dans ce cadre émotionnel, la série, même de divertissement, a son rôle à jouer, puisqu'elle convoque les sentiments personnels et même les valeurs du spectateur. Mais sur le plan de l'action, il est difficile d'imaginer que la série, crée dans un cadre télévisuel précis, puisse avoir une influence directe sur les agissements de ses spectateurs. Il est donc délicat d'avancer que la série a pour rôle de pousser le spectateur à l'action ; mais le pousser à la réflexion, cela est encore possible, même à la télévision. Mr Robot, une série révolutionnaire : peut-être pas totalement, mais une série anticapitaliste : à sa manière, certainement.

lundi 14 mars 2016

Notes sur La Jalousie, de Philippe Garrel (2013)



Un film génial dans le sens du génie, ou simplement intéressant, digne du plus grand intérêt.

Une constellation de propositions dans tous les détails: des idées de jeu, de situations, de lumière, de son, de montage, de musique, de décors, de costumes, de scénario et de mise en scène.


Constater enfin comme c'est le jeu qui crée la mise en scène. Des propositions d'acteurs de planètes différentes, au sein de la même famille, dans des scènes d'enjeux de pouvoir. Des séquences de jeu plein de texte, ou spontané, du théâtre mêlé à l'être au cinéma. Les acteurs défilent, cherchent cette domination qui leur donnerait de l'importance; mais les deux personnages principaux rayonnent et éblouissent leur propre système solaire.


La jalousie c'est le désir de pouvoir. Jalousie de mère, de fille, de père, de femme; le désir d'ascendant jusqu'à la rupture. La recherche de l'harmonie, de l'abandon, utopique?


Tout est écriture, récit et narration autour de la vie, l'affect et le vécu, le su et le vu.

Une osmose formidable d'humilité, équipe toute au service d'une histoire intime et universelle ; le générique simplement aligné à gauche.

Un film qui est une psychanalyse à soi-même. À prendre comme il advient en nous; nous l'avons vécu, nous le vivons.


Peut être que je l'ai juste regardé à la bonne heure de la nuit.



jeudi 18 février 2016

Le documentaire, ce n'est pas ce que tu sais.

Je sors de la projection du film Homeland: Irak année zéro, d'Abbas Fahdel. Je capte en passant la remarque d'un spectateur (que, s'il le faut, je qualifierai d'âgé) qui accuse avec ardeur le film de "malhonnêteté". Pendant la rencontre avec des intervenants de l'ENS de Lyon, d'autres spectateurs, ayant vécu en Irak ou connaissant la situation, reprochent au film des "manques", des réalités qui auraient dû selon eux se retrouver dans cette fresque du pays. 

Mais, chers spectateurs, le documentaire n'est pas cette objectivité, cette historicité, cette exhaustivité que vous demandez. Ce n'est pas la réalité qui détermine le film, c'est le film qui détermine sa réalité. C'est la réalité du réalisateur, c'est celle qu'il a voulu montrer, exprimer, mettre en lumière et pas seulement en images. Il ne cherche pas à vous montrer tout ce qui existe, il cherche à vous montrer ce qu'il voit. Il voit sa famille, la rue, son pays, son exil, ses disparus, des enfants; il ne voit pas cette division entre chiites et sunnites dont vous parlez, il ne voit pas ceux qui ne veulent pas être filmés que vous suspectez, il n'a pas vu la guerre qui a existé. Ce qui est hors champ l'est pour une raison très simple. Ce n'est pas que ça n'existe pas; c'est que ça n'existe pas pour lui, vers lui, devant lui. Ça existe autrement; par traces, par témoignages, par échos, par l'absence aussi. Ce que vous lui reprochez de ne pas vous montrer, c'est ce qu'il ne voit pas ou ce qu'il refuse de voir. Laissez-le construire son film, son regard, sans lui demander, de votre hauteur de spectateur averti, de vous montrer ce que vous connaissez déjà.

On ne répétera donc jamais assez qu'un documentaire n'est pas objectif, n'est pas exhaustif, n'est pas au service de la réalité. Je voulais que vous sachiez, messieurs dames, à quel point je regrette que l'on y revienne toujours, et à quel point il est important pour le cinéma de laisser inaccomplie cette exigence stérile. Car le documentaire, c'est du cinéma; ce n'est pas la réalité. 



Pour Alain Letoulat.

mardi 9 février 2016

Écriture automatique 4° Blast

1/02/2016/19:03/19:34/

Serpillière sans souci fermentée à l'opium, perdue dans l'immensité glaciaire. Souris fermée en plein grand écart, effacée sans sourire, contrebalancée, contrecarrée, éventuellement. Courir loin dehors derrière sans caresser rien de tout ça. Fermer ses écoutilles. Déterminer qui on est qui on veut qui que ce soit courant à vent contraire. Avant de courir. 
Plein de mouvement, plein d'embruns pour quelque chose de pur. Sans certitude rien de valable. Mais devant, c'est loin, c'est toujours plus flou et plus effacé. 19:08

19:09 Firmament effacé. Roulement rotatif. Écrasement gratuit. Jeu perfide, subtil mais sous-jacent. Tu n'as rien d'exquis. Fermement attachée à quelque chose de spécial, quelque chose d'immédiat, une spirale élévatrice. Ferme. 19:13


Blast

19:15 Roger le panneau navigue, entre les rues, enivré. Il sait qu'il doit arriver quelque chose, que son monde va basculer aujourd'hui. Il attend son destin de pied ferme. Peu de choses retiennent son attention. Il marche lentement, les yeux au fond des orbites. Il s'attache à des détails, à ce que ressentent ses orteils sur leur semelle glacée. Les dalles le chatouillent et le font souffrir. Mais il attend avant de rentrer boire son vin chose - son vin chaud. La fumée l'étouffe. Il fume ce qui lui reste de dignité, les doigts frigorifiés, les yeux écarquillés. Personne ne croise son regard; d'ailleurs, il ne les regarde pas. Il souffle, il soupire, il attend. Mais rien ne vient. Il perd toute notion d'effacement, se met à baragouiner, à prendre les chevaux pour des veaux, les belles pour des semelles. Il piétine ce qui lui reste de fierté. 

19:20 Le feu est rouge, droit devant; il grimpe dessus. Il s'affiche. Il joue au capitaine. Mais il n'est rien de tout ça; qu'un pauvre dans l'air. Roule ma poule, l'insulte-t-il. Il certifie que ses couronnes sont d'or. Il n'écoute rien, il n'écoute personne. Il ne fait que se répéter. 
On le juge. 19:24

Il conduit son rade à vau l'eau. Il n'a rien de la légèreté du papillon qu'il écoute. Il voudrait un manoir serti de pierres précieuses. Il retrouve ses cartons. 

19:27 Il ne s'occupe de rien, il ne voit rien, il s'endort. Il perd pied. Il regroupe ses forces. Il cherche à voir, mais c'est noir, c'est blanc, rien à voir. Il souffle, il s'essouffle. Il cherche le sol. Il tombe mais s'envole. Ça y est, il n'en a plus rien à foutre. Il crève d'envie d'avoir envie, mais rien ne vient. Il n'est plus que là. Éventuellement, il voit une femme. En l'occurrence, elle le regarde. Elle est nue. Elle n'existe pas, et il lui crache dessus. Elle s'efface, mais son regard soutient le sien. Il ne lui échappe pas. Il est toujours au-dessus du sol, nulle part sur la terre, mais même l'air ne le supporte plus. Il freine. Il s'écrase. Il cherche ses membres qui s'éloignent. Il explose. Il ne supporte plus son propre regard. Il est seul. Il ne se supporte plus. Plus rien ne le porte. 
Il n'est nulle part; il a disparu.


samedi 9 janvier 2016

Je ne sais pas pourquoi j'essaye de parler & De l'inexistence du malentendu

Hier soir dans le métro, un homme visiblement saoul se justifie: "ma mère m'a appris le bien et le mal"; "le mal et la vérité ça fait deux"; "moi je dis la vérité." Apparemment, il avait abordé de je ne sais quelle manière une femme, et un homme tentait de débattre après l'avoir défendue.
Mais, pauvre homme, la vérité, ce n'est pas toi qui  la dit, ce n'est pas elle non plus, c'est ce qui résulte de votre interaction, c'est ce qui part de toi et est reçu par elle, c'est ce qui advient entre vous deux, ce qui se mélange en dehors de vos deux consciences. Sa réception compte autant que ton intention. 

On m'a appris à donner beaucoup d'importance aux mots; parfois peut-être trop, m'a-t-on aussi dit. Je mesure sans cesse leur exactitude, parce que ça me semble nécessaire pour ne pas tomber dans ce dialogue de sourd bourré sur "la vérité". Les mots ont un sens. Pas qu'un seul, certes; mais ils ont une définition qui nous permet de les comprendre... Pour faire vite, une définition sur laquelle peuvent s'accorder deux êtres qui voudraient communiquer.
J'ai parfois l'impression de surprendre lorsque j'utilise un mot peu utilisé pour m'exprimer, souvent pour me clarifier. Comme si ce n'était pas nécessaire, comme si les mots plus communs mais plus vagues suffisaient. Ils suffisent lorsqu'on ne cherche pas à comprendre les nuances que veut exprimer l'autre. Ils suffisent lorsqu'on se les approprie. Le reste n'est qu'une histoire de précision.


Mais cette précision, que je recherche, est-elle vaine? J'y suis attachée car je sais à quel point la communication est complexe, à quel point elle est vite digérée et réinterprétée par l'auditeur. Il ne pourra jamais recevoir tel que je les conçois mes émotions, mes mots. Mais je ne peux pas dire qu'il les déforme, parce que je crois que ce qu'il entend est aussi vrai que ce que j'ai dit. S'il l'entend, c'est que c'est contenu dans mes mots. Alors, j'essaye d'utiliser les bons. Même quand on ne les entend pas. 

samedi 14 novembre 2015

ÉTAT D'URGENCE



CE MATIN, UN NOMBRE ANORMAL DE SMS SUR MON TÉLÉPHONE. 

« Tu as vu ce qu'il s'est passé à Paris ?? »
« J’espère que tu n'es pas dehors avec ces événements »
« Y'a des fusillades, explosions et prises d'otages. »
« Tout va bien? »
« C'est horrible »

HORRIBLE. HORREUR. DES FUSILLADES ? JE ME LÈVE D'INCOMPRÉHENSION, DE COLÈRE ET D'INDIGNATION. EN ALLANT VERS MA DOUCHE, L'ESPACE DE QUELQUES MÈTRES, LE MOT RÉSONNE DANS MA TÊTE. DES FUSILLADES ? ENCORE ? JE RÉALISE, JE PLEURE. DE RAGE POUR L'INSTANT.
DANS MA DOUCHE, JE ME QUESTIONNE : DES ATTAQUES TERRORISTES ? DES ISLAMISTES ? OUI, OUI FORCÉMENT, BIZARREMENT J'EN SUIS DÉJÀ CONVAINCUE ; ALORS QU'EN JANVIER J'AVAIS REFUSÉ DE LE CROIRE JUSQU'À LA DERNIÈRE SECONDE.
PETIT À PETIT, JE RESSENS L'URGENCE DE LA SITUATION. QU'EST-CE QU'IL S'EST PASSÉ ? QU'EST-CE QU'IL SE PASSE ? JE ME RUE SUR MON ORDINATEUR, PANIQUÉE. DEVANT GOOGLE, JE M'ARRÊTE. JE CHERCHE QUOI EN FAIT ? QUELLE IRONIE. JE FINIS PAR TAPER « FUSILLADES PARIS »...

LE FLOT D'INFORMATIONS M'ENVAHIT, MA SOIF DE COMPRÉHENSION JAMAIS ÉPANCHÉE PUISQUE J'AI LU « JIHADISTES ». J'AI LE SENTIMENT TRÈS NET QUE JE NE COMPRENDRAI PAS, QUE JE NE COMPRENDRAI JAMAIS. DANS QUELLE MONDE CROIT-ON ACCÉDER AU PARADIS EN TUANT ? EN SE SUICIDANT ?? COMMENT PEUT-ON ENCORE CROIRE AU PARADIS ???
JE PLEURE, JE PLEURE, JE PLEURE ET JE PLEURE ENCORE EN VOYANT QU'IL Y A DÉJÀ SUR FACEBOOK LA LISTE DE MES AMIS « EN SÉCURITÉ », ET DE VOIR MON FRÈRE EN TÊTE DE LISTE. DE NE PAS Y VOIR MA SŒUR.
JE NE CÈDE PAS À LA PANIQUE. SI JE PLEURE, C'EST PAR COLÈRE, PAR HORREUR, PAR AFFREUX DÉJÀ-VU, PAR FUREUR QUE ÇA RECOMMENCE, PAR HAINE QUE DES GENS SOIENT AUSSI CONS, PAR RAGE QU'ILS AIENT ATTEINT AUTANT DE PERSONNES, PAR DÉSESPOIR QU'ILS AIENT ATTEINT NE SERAIT-CE QU'UN SEUL INNOCENT.


TOUTE LA JOURNÉE, EN ESSAYANT TANT BIEN QUE MAL DE DIVERTIR MON ESPRIT PAR DES FUTILITÉS, PLUS ENCORE QUE LES AUTRES JOURS, DANS MES MOMENTS DE CLARTÉ JE ME SUIS DEMANDÉ CE QUE JE POUVAIS FAIRE.
LE PIRE, C'EST LE DÉCALAGE ENTRE L'INDIGNATION QUE JE LIS SUR INTERNET ET QUE JE NE VOIS NULLE PART SUR LES VISAGES, DEHORS. AU CENTRE COMMERCIAL, ON CONTINUE D'ACHETER CE QU'OFFRENT LES VENDEURS AU SOURIRE IMMENSE. PERSONNE D'AUTRE QUE MOI POUR PLEURER AU MILIEU DES ALLÉES.


QU'EST-CE QU'ON PEUT FAIRE ? PRÉCISÉMENT RIEN, J'AI L'IMPRESSION. COMMENT SE BATTRE CONTRE CES GENS SI PROFONDÉMENT DÉTACHÉS DE NOTRE RÉALITÉ, PSYCHOLOGIQUEMENT, GÉOGRAPHIQUEMENT, MORALEMENT ? NOUS SOMMES TOUS AUSSI IMPUISSANTS AU NIVEAU INDIVIDUEL QUE NOS DIRIGEANTS LE SONT AU NIVEAU DIPLOMATIQUE. POURTANT JE REFUSE DE CROIRE CELA, QUELQUE CHOSE EN MOI N'ARRIVE PAS À SE RÉSIGNER. JE VOUDRAIS QU'ON PUISSE FAIRE QUELQUE CHOSE. JE VOUDRAIS QU'ON L'AIE FAITE, CETTE PUTAIN DE RÉVOLUTION, JE VOUDRAIS QU'ON LA FASSE.


QUAND EST-CE QU'ON LA FAIT, CETTE PUTAIN DE RÉVOLUTION ? QUAND EST-CE QU'ON VA ARRÊTER DE CULPABILISER SUR NOTRE INACTIVITÉ, ET JOUIR DE NOS ACTIONS ? QUAND EST-CE QU'ON CHANGE LE MONDE COMME ON EN PARLE DANS NOS SOIRÉES ÉTUDIANTES, QU'ON SORT CRIER DANS LA RUE TOUS ENSEMBLE, POUR LES MÊMES RAISONS QUI FONT QU'ON NE CROIT PLUS EN CETTE DÉMOCRATIE, QU'ON CRACHE AUTANT SUR LA GAUCHE QUE SUR LA DROITE, QU'ON VOTE UTILE, QU'ON RÊVE D'ÊTRE ANARCHISTE, QU'ON CONSPUE LE PRÉSIDENT, QU'ON NE VA VA PAS VOTER, QU'ON RÂLE SUR LES MÉDIAS, QU'ON DÉTESTE L'ÉDUCATION CIVIQUE ET L’ÉDUCATION NATIONALE, QU'ON INSULTE LES FÉMINISTES, QU'ON MÉPRISE LA POLICE, QU'ON SE SENT PATRIOTE, QU'ON VEUT SORTIR DE L'EUROPE, QU'ON ACHÈTE BIO, QU'ON PENSE « TOUS POURRIS ! », QU'ON PRÉFÈRE VIVRE À L'ÉTRANGER, QU'ON NE VEUT PAS QUITTER LA FRANCE, QU'ON VOTE BLANC, QU'ON NE SE SENT PAS PATRIOTE, QU'ON AIME LE FROMAGE, QU'ON MANGE TOUJOURS DU SAUCISSON ET DU FOIE GRAS, QU'ON NE PREND PAS LES TRANSPORTS EN COMMUNS, QU'ON SE RÉFUGIE SUR INTERNET, QU'ON REGARDE LES CITÉS DE TRAVERS, QU'ON SE PERMET DE QUALIFIER QUELQU'UN DE « RACAILLE », QU'ON PAIE SA REDEVANCE TÉLÉ, QU'ON RIT DE LA FÊTE DES VOISINS, QU'ON REGARDE JAMAIS LES PASSANTS DANS LES YEUX, QU'ON NE SOURIT PAS DANS LA RUE, QU'ON NE DIT PAS BONJOUR ; VENEZ ON LA FAIT TOUT ENSEMBLE CETTE PUTAIN DE RÉVOLUTION PARCE QU'ON EST MALHEUREUX DES RELATIONS QUI GOUVERNENT NOTRE SOCIÉTÉ.


NOUS SOMMES DES HUMAINS ET NOUS NE VIVONS PAS DANS UNE MACHINE. NOUS VIVONS DE RELATIONS QUI SE CONSTRUISENT D'HOMME À HOMME ; J'AIMERAI AU MOINS LE CROIRE PAS TROP NAÏVEMENT, J'AIMERAI QU'ON EN SOIT CONSCIENTS AU QUOTIDIEN, ET QU'ON CONSTRUISE LE RESTE AUTOUR DE ÇA.
IL N'Y A RIEN D'AUTRE DANS LE MONDE ET DANS NOTRE VIE QUE NOS RELATIONS. NOUS N'EXISTONS PAS SANS, NOUS NE NAISSONS PAS SANS, NOUS NE PENSONS PAS SANS. RIEN NE SE FAIT, NE SE CRÉE, NE S'ÉCHANGE SANS RELATION. C'EST TERRIFIANT, N'EST-CE PAS ? ET POURTANT ON EST TERRIBLEMENT TRISTE QUAND ON EST SEUL ; QUAND ON NE VOIT PLUS CES RELATIONS.


JE CROIS QUE JE M'ÉGARE, MAIS C'EST POURTANT LA BASE, ET JE REVIENS TOUJOURS À LA BASE. COMMENT NE PAS ÊTRE HUMANISTE QUAND ON EXISTE ? COMMENT NE PAS VOIR QUE LA VIE DES AUTRES EST ENCORE PLUS PRÉCIEUSE QUE LA NOTRE, CAR LA NOTRE N'EST RIEN SANS LA LEUR ?


C'EST POUR ÇA QUE JE NE LES COMPRENDRAI JAMAIS, CES CONNARDS. C'EST POUR ÇA QUE JE NE M'AUTORISE QUE DIFFICILEMENT À LES INSULTER, À LES HAÏR ET JAMAIS À LES VOULOIR MORT. C'EST PARCE QUE JE ME SENS EFFROYABLEMENT SEULE À ÉPROUVER CE SENS HUMAIN QUE JE PLEURE ET QUE JE ME SENS IMPUISSANTE. J'AI COMME L'IMPRESSION QUE CE QUE JE DIS NE VA RIEN CHANGER, ET QUE CE QUE JE FAIS TOUS LES JOURS NE CHANGE RIEN. IL Y A TOUJOURS DES RACISTES, DES EXTRÉMISTES, DES CONS, MALGRÉ MES ARGUMENTS, MON LIBRE-ARBITRE, MON SOURIRE.



TOUT CE QUE JE LIS DÉCRÈTE « IL FAUT », « IL Y A », « IL FAUT », « NOUS DEVONS », « IL FAUT ». MOI JE NE SAIS PAS CE QU'IL FAUT FAIRE. JE NE SAIS PAS CE QU'IL SE PASSE ET J'AI TRÈS PEUR DE PARLER POUR TOUT LE MONDE. MAIS JE VEUX FAIRE QUELQUE CHOSE, ET POUR ÇA IL FAUT QUE NOUS FASSIONS QUELQUE CHOSE. Quelque chose de significatif, pas seulement quelque chose de signifiant. 


vendredi 2 octobre 2015

L'histoire de Serge

SERGE 


              Serge est un vieil homme de 70 ans. Sa routine du soir est bien limée : une fois ses pantoufles aux pieds, il attend dans sa cuisine que l'eau chauffe, patiemment. Lorsque la bouilloire siffle, il se lève en traînant les pieds, à son rythme, doucement, car son mal de dos l'empêche depuis longtemps d'être empressé. De toute façon, ce n'est pas son truc, l'empressement. Avec précaution, il verse l'eau chaude dans sa tasse, la même que tous les soirs ; avec toujours deux cuillères de toujours la même tisane, et toujours un petit cachet d'aspartame. Dans un bocal, il prend une papillote dont l'emballage rutilant promet un moment de fête ; il pose le tout sur un petit plateau où se trouve déjà sa serviette en tissu dans son rond de serviette.

Son appartement est celui d'un vieil homme des années 1950, au papier peint défraîchi, aux couleurs brunâtres, au parquet qui grince sous la moquette. Dans son salon trône un énorme fauteuil qui a déjà la forme affaissée de Serge. Avant de s'y installer, il prend une couverture délicatement pliée et la déplie avec soin sur ses genoux.
Une fois bien installé, son plateau sur les genoux, sa serviette autour du cou, il saisit la télécommande posée sur l'accoudoir et allume, enfin, la télévision. Il y voit une émission au cours de laquelle les participants, des anonymes choisis dans le public, se font hypnotiser par une femme en tailleur. Elle est très avenante avec les sujets de son expérience, cherchant à les mettre à l'aise grâce à sa voix veloutée ; le public rit en chœur.
Serge, en savourant son chocolat, se laisse happer par le programme ; les lumières bleutées de l'écran se reflètent sur son visage et ses yeux, pénétrés de cette même lumière, se font de plus en plus fatigués. La voix de l'hypnotiseuse semble désormais être dans la pièce. Elle tutoie son sujet : « Où es-tu ? Crois-tu que tu sois en train de dormir ? … Tu dois venir avec moi, maintenant. Ferme tes yeux. »

Lorsque Serge rouvre ses yeux, des lumières qui percent l'obscurité du plafond l'éblouissent ; sur les cotés, il voit des taches de toutes les couleurs ; enfin devant lui, avançant sur un sol blanc très lumineux, il distingue la femme en tailleur. Elle lui sourit, puis le félicite. Les taches de toutes les couleurs applaudissent ; la musique vrombit et les rais de lumière floue qui tombent du plafond parcourent le studio dans tous les sens. Serge sourit et retourne s’asseoir dans le public comme le lui demande la voix de velours. Il regarde autour de lui : la tache magenta à sa gauche est une jeune femme blonde qui rit aux éclats. A sa droite, un homme à oreillette fait de grands gestes vers lui, sa voisine et tous les autres que Serge devine derrière lui. Un autre homme à oreillette, plus âgé, passe derrière son collègue et s'enfonce dans un tunnel sous le public. Sans hésiter, Serge le suit derrière une première porte à battants qui donne sur une seconde porte, comme à l'entrée des salles de cinéma. Il pousse lourdement cette seconde porte.

Il se retrouve alors sur le plateau d'un jeu télévisé ; un autre homme à oreillette le presse jusqu'à son pupitre. Immédiatement, un présentateur au sourire carnassier lui pose sans s'arrêter des questions sans rapport les unes aux autres, des questions auxquelles il a rarement la réponse, et d'ailleurs dont il se fiche de connaître la réponse, tout comme le présentateur qui débite sans attendre la conclusion de la manche : victoire, ou défaite peut-être puisque la douche de lumière de son pupitre s'éteint brusquement dans un brouhaha de musique et d'applaudissements. Serge est encore poussé par l'homme à l'oreillette qui lui désigne la femme à oreillette qu'il doit rejoindre dans les coulisses, à quelques pas, derrière le décor, entre les caméras plongées dans l'obscurité et les énormes enceintes qui n'en finissent plus de chanter. Lorsqu'il passe derrière la façade du décor peint, il s'aperçoit avec surprise que ce ne sont que d'immenses et fines planches de bois, derrière lesquelles s'entassent fils, câbles et candidats au grand prix. Évidemment, la jeune femme à oreillette à disparu. Il s'enfonce dans ces coulisses, en tentant de contourner l'amas de candidats survoltés qui sourient, se maquillent, se lèvent et s'assoient, s'embrassent et se poussent. Cherchant toujours la sortie, Serge passe derrière un des rideaux de velours noir qui encerclent le studio.

Derrière ce rideau, il trouve le décor d'un salon ; ou plutôt, un salon qui semble être celui d'une vraie maison, mais décoré par des meubles en plastique bon marché, aux couleurs criardes et au design discutable, éclairés par de nombreux néons blancs et colorés. Il ne trouve personne dans ce grand salon, ni dans la cuisine ouverte à côté. Finalement, il entend des cris aigus et aperçoit derrière une grande baie vitrée des lumières, des couleurs et même ce qui semble être des gens qui dansent. Il sort donc sous la nuit noire dans le jardin, assez vaste mais clos par de grands murs blancs sans fenêtres. Les personnes qu'il a aperçues sont une dizaine, groupées autour d'une piscine à l'eau d'un turquoise lumineux. Elles dansent avec ostentation, se parlent en criant, tantôt en riant, tantôt en pleurant. Serge pensent qu'elles sont sous l'emprise de l'alcool, et il en sent lui même les effets : il voit double ; deux femmes aux longs cheveux bruns qui portent la même robe blanche s'accrochent l'une à l'autre. L'une d'elle s'écrie avec une voix stridente : « Un nouvel habitaaant ! » puis, après un rire, le répète encore plus fort et plus aigu. Les « habitants » se pressent autour de lui dans un vacarme de voix aiguës qui lui donnent le tournis. Il croit voir toujours les mêmes visages s'adresser à lui, voit des cheveux, entend des rires mais ne distingue plus les individus qui l'entourent et le poussent. Soudain, dans un déluge de rires et de cris, Serge se sent tomber en arrière dans un grand bruit d'eau, qui se transforme en bruit de verre brisé.


Serge se réveille, dans son fauteuil, en sueur : sa télévision a disparu et sa porte-fenêtre est cassée ; il entend encore les voleurs rire de leur méfait dans leur course. 


Imaginé à partir du fait-divers suivant: "Rhône : il s'endort devant la télé et se la fait voler durant son sommeil."